Je crois… que je me souviens.

D’un chevalier un peu lointain

Que j’avais rencontré, il y a des années, un été.

C’était dans une bibliothèque. C’était dans un roman.

Il était fort, il était beau, il tuait des méchants.

M’accompagner : tout l’été ? toute l’année ? et après ?

Je le veux. J’ai choisi ce roman. J’ai choisi mon amant.

On est partis ensemble, cet été. On ne s’est pas quittés.

Je l’ai suivi dans de vastes contrées. Sans bouger.

Je l’aimais, mon héros. Il était fort, il était beau.

Puis il l’a rencontrée. La princesse. À la fin du bouquin.

Ils sont partis. J’ai jeté le livre. Je suis partie aussi.

J’ai pleuré. Moi qui lisais. Moi qui l’aimais.

C’est donc vrai que les héros n’existent pas.

Madeleine Dorchies, 16 ans, Paris